Condensation dans les murs

Publié le par Yoghourt

(issu de ma contribution correspondante sur un forum)

La vapeur d'eau [présente dans un mur] ne se crée pas ex nihilo. Elle est là en quantité +/- importante, sinon l'hygromètre indiquerait 0% d'humidité. La vapeur d'eau est "sèche" et ne pose pas spécialement de problème jusque vers 80% d'humidité (début du risque de moisissure).

Un peu de théorie pour commencer

- A pression constante, quand la température baisse, l'humidité relative augmente jusqu'à atteindre 100%. Et là, ça condense. Voire même, si la température est suffisamment basse, ça gèle direct!

- A température constante, quand la pression diminue, l'humidité relative diminue aussi. Forcément, si la pression est à 0, c'est le vide donc c'est 0% d'humidité. Mais on imagine bien qu'un air complètement sec est à 0% d'humidité quel que soit la pression atmosphérique. Alors où est l'erreur? Y'en a pas: en fait, ce n'est pas tant la pression atmosphérique qui va nous intéresser, mais la pression de vapeur. Késako? C'est la pression qu'il ferait si on ne gardait que la vapeur d'eau et qu'on virait tout le reste. C'est une "pression partielle".

- à -10°C, on trouve au maximum 2 gouttes d'eau par m3 d'air. Autant dire pas grand chose.
- Imaginons qu'il fait  -5°C le soir (brrrr) et "normalement humide" (hygr 80%). L'air va refroidir pendant la nuit. L'humidité relative va augmenter, mais ne peut pas dépasser 100%. Il restera alors dans l'air l'équivalent de 2 gouttes d'eau par m3, et le reste terminera en givre dans le jardin et sur le pare-brise...
- Si on réchauffe un air à 80% d'humidité de -10°C à 20°C, son humidité relative chute à moins de 10%! C'est, je pense, une des raisons pour lesquelles on trouve l'hiver froid et sec.
- pourquoi toute la vapeur d'eau ne "tombe" pas par terre sous forme de glace par grand froid? Pour la même raison que toute la vapeur d'eau ne "tombe" pas par terre sous forme de flaque à température ambiante. Dans les 2 cas, une partie reste dans l'air, mais pas assez pour qu'il y ait changement d'état.


Revenons à des choses plus concrètes

Dans un mur qui peut laisser passer la vapeur d'eau, la pression de vapeur cherche à s'équilibrer à la fois côté intérieur et côté extérieur.

En hiver, l'air extérieur peut être très humide (genre 80%) en plus d'être très très froid (genre -10°C). Il en résulte une pression de vapeur Pvext très basse.

L'air intérieur est normalement humide (disons 50%) et bien chaud. Il en résulte une pression de vapeur Pvint assez haute.
Que va faire la vapeur pour atteindre l'équilibre des pressions? Et bien elle va tout simplement aller des zones de surpression (intérieur) vers les zones de dépression (extérieur).
On assiste donc à de la vapeur qui migre. Lors de sa migration, la température descend, donc l'humidité relative augmente. Mais elle voit aussi sa pression chuter, donc l'humidité relative diminue.
Mais mais mais, sakapamaché! Elle diminue ou elle augmente, cette satanée humidité relative?
Ben, ça dépend de quel effet est le plus fort. Et ça, ça dépend de la composition de la paroi.

Dans un mur isolé par l'intérieur sans pare-vapeur, c'est la température qui gagne et ça condense. L'endroit exact où ça condense dans la paroi, c'est le point de rosée.

La parade usuelle est le pare-vapeur (ci-dessous).

Il existe une alternative inhabituelle et peu documentée: assécher le mur côté intérieur par transpiration (migration par capillarité de l'eau condensée et évaporation en surface). Comme pour le pare-vapeur, l'excédent d'humidité nécessite d'être évacué par ventilation. Toutefois, le débit nécessaire est un peu plus faible que pour la stratégie du pare-vapeur.
Le pare-vapeur sert à faire chuter d'un coup la pression de vapeur. Mais pour que ça marche, il faut qu'il soit posé là où la pression est forte (côté chaud) et de façon étanche (sinon la vapeur se rue par les fuites du barrage, donc exit la chute brutale de pression de vapeur).

Pour maintenir une hygrométrie en dessous de 80%, il faut alors ventiler fortement, jusqu'à renouveler complètement l'air de la maison toutes les heures.

Dans un mur isolé par l'extérieur, c'est la pression qui gagne et ça condense pas d'un poil.
Dans les combles ou dans un mur à isolation répartie, c'est le statu quo. Selon la composition de la paroi, c'est l'un ou l'autre qui gagne. Pour favoriser l'effet pression et ainsi garder la paroi sèche, il faut faciliter progressivement le chemin au flux de vapeur depuis l'intérieur vers l'extérieur.

La figure à gauche représente un mur homogène sans barrière de vapeur. Exemple: MOB avec bardage -> pas de condensation.

Un crépi ciment ou plastique sur de la brique monomur se comporte comme un pare-vapeur posé côté extérieur. Il y a inévitablement condensation entre brique et crépi. Dans 5 à 10 ans, beaucoup de maisons en monomur auront fort probablement des façades pourries d'humidité, et des performances thermiques en conséquence. Un crépi hautement perméable à la vapeur d'eau évite ce problème.

Note: quand on peut faire une paroi sans pare-vapeur, faut pas s'en priver!

Pour en savoir plus, les fiches techniques du site web "énergie Wallonie":
 - Condensation interne par diffusion de vapeur (en régime stationnaire)
 - Les isolants


(les sympathiques schémas ci-dessus sont la propriété du site web "energie wallonie". Au cas où l'on m'informe que leur utilisation pose souci, je les remplacerai par des images de mon cru)

Publié dans Réflexions diverses

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faischier 28/12/2010 17:45



la pub ne s'enleve pas donc impossible de lire le texte.


 



Yoghourt 09/02/2011 12:25



Ooops! Probablement un effet de la pub automatique d'over-blog. Si vous pouviez m'envoyer une copie d'écran par mail, ça me permettrait de mieux m'en rendre compte. Est-ce que vous utilisez un
plug-in tel que ad-block-plus?


Cdlt,


Yan



tfdv 11/12/2009 18:27


Bonjour,
Ayant de la condensation dans certains coins de ma maison, je me demande ce que je dois faire pour éviter cela. Apparemment, je m'adresse ici à des spécialistes. Ayant racheté la maison, je ne sais
pas trop comment elle est isolé mais apparemment intérieur palco+80 mm d'isolant puis parpaing et crépi dessus.
En partie basse, j'ai des plaquettes de parement qui sur une face de la maison ont gondolé et j'ai du les virer, le crépi se gondole égalemnt  (pb d'humidité certainement capillarité? ou
humidité autres???). Un peu d'aide serait pas de refus. D'avance merci. tfdv


Yoghourt 29/01/2010 13:30


Bonjour Tfdv,

Oula! On n'arrivera pas à examiner et comprendre la situation juste avec les commentaires d'over-blog. Je vous enjoins à ouvrir un fil sur futura et m'envoyer ensuite un MP. Ca sera bien plus
pratique pour échanger.

Cordialement,
Yoghourt


yves 25/05/2009 10:59

Bonjourj'ai peur d'avoir mal compris... Alors je pose la question ! Ca vaudra mieux ! Dans le cadre d'une isolation par l'extérieur, il est noté : " Ca ne condense pas d'un poil". Est-ce que ça veut dire qu'on peut mettre ce qu'on veut sans risque pour nos murs, même des produits à fort pouvoir "imperméables" tels que le liège ? Dans les schéma, il manque un cas. Que ce passe t'il si le mur est entouré d'isolants par exemple : Liège - Mur - Polystirène. Normalement il n'y a plus de vapeur d'eau qui peut pénétrer le mur. Mais... est-ce qu'il n'y a que la vapeur d'eau qui est à craindre ?

Yoghourt 08/08/2009 00:10


Bonsoir,
De tête, le liège a un mu de 15. C'est pas top perméant, mais loin d'être étanche à la vapeur d'eau.

Concernant le cas isolant interne-mur-isolant externe, je note qu'il faut enrichir l'article
Si le plus gros l'isolation du mur est côté intérieur, ça va beaucoup ressembler à une iso intérieure.
Si le plus gros l'isolation du mur est côté extérieur, ça va beaucoup ressembler à une iso intérieure (donc pare-vapeur ou frein-vapeur probablement nécessaire, sauf condensation modérée +
bidouille éponge style mon collage de liège pleine face).
Si c'est assez équilibré, pas de règle général, faut calculer/simuler.

Cdlt,
Yoghourt


Thierry Baruch 22/06/2008 21:48

re et encore bravo pour tout ce que tu partages. J'essaye de faire de même (à moindre échelle technique... puisqu'il y a un an ... je n'y connaissais rien).Donc pour aller droit au but, je me pose une question existentielle ;-) quant à mon isolation intérieure.De l'extérieur vers l'intérieur :Dans les pièces d'eau :Mur en pisé - 10 cm de liège en vrac - plaque de FermacelDans les pièces "sèches" :mur en pisé (toujours 45 cm) - 10 cm de copeaux de bois/chaux - plaque de placo.Il me semble qu'avec le Fermacel ou le placo, je n'ai pas besoin de freine vapeur.Qu'en penses-tu ?

Yoghourt 17/07/2008 17:28


Dans le cas de l'isolation avec liège, la feuille de calcul donne:
- isolation correcte sans être exceptionnelle (R=3 m².°C/W)
- condensation importante 5.8g/m²/jour

Et, pour l'isolation en copeaux-chaux (que j'ai rentré en tant que terre-copeau dans la feuille):
- isolation faible (R=1.2 m².°C/W) Je te conseille d'opter pour un isolant plus performant.
- condensation probablement importante (je n'ai pas le mu du terre-copeau)

Je sais que le pisé a une importante capacité d'absorption d'eau avant que cela ne provoque des dégâts. Mais, pour ça, il faut que le mur soit par ailleurs bien sec. S'il est naturellement humide
du fait du climat extérieur ou parce qu'il pompe par capillarité, alors il y a un risque avéré d'effritement par le gel et même de fissuration/éclatement de l'enduit extérieur. On en voit les
signes assez facilement sur nombre de maisons en terre mal rénovées, en Isère.

Si tu es dans cette situation, un frein-vapeur à mu variable mitigera grandement les risques correspondants.


J'ai tourné WUFI avec mortier ciment-chaux à la place du pisé (pas dispo dans la version démo), et copeau pur (nettement plus isolant que terre-copeau)
flux de chaleur: 153MJ/m²
teneur en eau moyenne du mur en dur: 20kg/m3 (équivaut à un mur baignant dans une atmosphère avec une humidité relative de 72%)
et au max pour le mur en dur côté isolant: 38kg/m3 (équivaut à 92%)
La présence d'un frein-vapeur à mu variable diminue la teneur en eau max: 29kg/m3   84%

Quand je remplace les copeaux par de la cellulose, ça permet de faire baisser les déperditions de 13%, à 133MJ/m². Les teneurs en flotte sont similaires à ce qui est obtenu avec les copeaux


Ko 12/01/2007 09:26

Bonours,Site très bien réalisé, merci pour les infos.Dommages que les unités ne respecte pas le système MKS, mais je me débrouillerai avec.Pour les images du site énergie de la Région Wallone de Belgique, je crois qu'il n'y a pas de problème, c'est public. Site à reccommander à tous ceci dis.P.

Yoghourt 13/01/2007 12:39

Bonjour,Pour les histoires d'unités, je suppose que MKS signifie MKSA. J'ai effectivement sacrifié un peu de rigueur des unités du système international contre l'utilisation d'unités plus parlantes pour le lecteur (exemple: kWh plutôt que joules). Indiquez-moi là où cela vous gène particulièrement, et j'annoterai les articles.Y.